Histoire de Longré

Situé dans le Nord-Charente, à la frontière historique entre le Poitou et l’Angoumois, le petit village de Longré possède une histoire discrète mais typique des zones de l’Ouest de la France.

🏛️ Des origines anciennes : Archéologie et Antiquité

Le secteur du Nord-Charente est particulièrement riche en vestiges préhistoriques, notamment grâce aux tumulus de la commune voisine de Tusson ou aux substructions gallo-romaines de Paizay-Naudouin-Embourie.

À Longré même, l’occupation humaine ancienne est marquée par son paysage de plaine ouverte :

 La Préhistoire et le Néolithique : Bien qu’il n’y ait pas de grand monument mégalithique majeur sur le sol même de la commune, le territoire a livré des traces de passage et d’outillage en silex, liés à la forte activité humaine dans la vallée de l’Aume toute proche.

Le toponyme de la Pierre Levée conserve le souvenir d’un mégalithe, aujourd’hui détruit. Le chemin qui dessert le terrain de sport en porte le nom, et se trouve bordé de dalles brisées qui pourraient être les vestiges.

D’autres toponymes comme la Croix du Tertre, les Chirons ou le Chiron Fragné pourraient évoquer d’autres mégalithes.

 L’époque gallo-romaine : La région était quadrillée par des voies romaines secondaires et des villae (exploitations agricoles). La proximité du site d’Embourie laisse supposer que les terres fertiles de Longré étaient déjà cultivées et exploitées à cette époque sous forme de grands domaines.

⚔️ Le Moyen Âge :

Seigneuries et terres de frontières

Au Moyen Âge, Longré n’accueille pas de grande forteresse militaire, son relief de plaine ne s’y prêtant pas. L’histoire du village se structure plutôt autour de petits fiefs et de logis seigneuriaux.

 La seigneurie de Longré : Le village était le siège d’une petite seigneurie qui dépendait de celle de Londigny. Elle appartenait à la famille de Lestang (ou de Létang). En 1469, Henri de Lestang, écuyer, rendait « aveu et hommage » (acte de soumission féodale) pour ce fief à Jean Jousserand, seigneur de Lairé et de Londigny.

Blason de la famille de Lestang

Blason de la famille Jousserand

Le Logis de Cherconnay : C’est le joyau patrimonial de la commune, situé au hameau du Vivier. Édifié aux XIVe et XVe siècles, ce logis médiéval fortifié appartenait initialement à Ithier Corgnol. Il présente une architecture typique de la fin du Moyen Âge, avec sa façade allongée et sa tour ronde d’escalier en vis coiffée d’une poivrière, percée d’archères pour la défense.

⚜️ De l’Ancien Régime à la Révolution :

Les familles locales

Du XVIIe au XVIIIe siècle, Longré vit au rythme de ses petits domaines ruraux et de sa noblesse de robe ou d’épée locale.

 Le domaine de la Biargerie et le Vivier : Le village compte plusieurs « gentilhommières ». La famille de Lestang conserve une forte influence au hameau du Vivier jusqu’au XVIIIe siècle. Nicolas de Lestang, seigneur du Vivier de Longré, y meurt en 1722. Un autre domaine notable de l’époque est le logis de la Biargerie, exploitation agricole et bourgeoise majeure dès le XVIIe siècle.

Le passage aux Brumeaud et Duge de Bernonville : En 1654, le logis de Cherconnay passe aux mains de la famille Brumeaud de Moulinneuf, puis à la famille Duge de Bernonville en 1766 par mariage. Ces derniers conserveront le domaine pendant plus d’un siècle et demi (jusqu’en 1928).

 La Révolution Française (1789) : La transition révolutionnaire se fait de manière relativement calme à Longré. Le seigneur de l’époque abandonne sa particule sans heurts majeurs et s’intègre à la nouvelle organisation administrative. Il fait d’ailleurs partie des notables choisis en mars 1790 dans l’église de la paroisse pour organiser la vie de la toute nouvelle commune.

🚜 Époque contemporaine et histoire récente

Le XIXe et le XXe siècles sont marqués par la vocation profondément agricole de Longré et par les mutations du monde rural charentais.

 Séparation des biens (1796) : Juste après la Révolution, en 1796, le grand domaine de Cherconnay est divisé en deux propriétés distinctes, reflétant le morcellement des anciens domaines seigneuriaux au profit de la bourgeoisie rurale ou de grands exploitants.

L’âge d’or agricole et le déclin du vignoble : Comme tout le Ruffécois, Longré a profité de la culture des céréales et, pendant un temps, de la vigne pour la production de Cognac (en zone de Fins Bois). Cependant, la crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle a durement frappé l’économie locale, forçant une reconversion vers la polyculture et l’élevage.

Un ancien grenier à grain, près de la minoterie de Pechebrun, témoigne de l’activité céréalière sur la commune. (à gauche, le corps d’un ancien moulin au nord de Longré – à droite carte postale de la minoterie de Pechebrun)

Modernisation et préservation du patrimoine : Après la Seconde Guerre mondiale, le village subit l’exode rural, mais entame également une prise de conscience de la valeur de son patrimoine historique. Plusieurs dépendances anciennes (dont une tour carrée à Cherconnay) sont malheureusement démolies après-guerre, mais le corps principal du Logis de Cherconnay est préservé, puis inscrit au titre des Monuments Historiques en 1991 et 1994, assurant sa sauvegarde et sa restauration.

📚 Références et sources

Ouvrages et bulletins historiques

Dolmens, menhirs, tumulus et pierres à légende en Charente par Jean-Sébastien Pourtaud (Les Indes Savantes, 2021).

Société Archéologique et Historique de la Charente : Leurs bulletins périodiques contiennent de nombreuses notices sur les familles nobles du Ruffécois (les Corgnol, de Lestang, Jousserand).

Bulletin de la Société charentaise des études locales (notamment le numéro de juillet 1937, qui contient une monographie très complète sur les familles de Longré au XVIIIe siècle écrite par l’instituteur Ricochom).

La Charente d’antan par Pamela de Montleau et Jacques Baudet (Éditions HC, 2024)

Ressources web et bases de données

Fiche Monumentum / Base Mérimée : Architecture et l’historique officiel du Logis de Cherconnay sur Monumentum : https://monumentum.fr/monument-historique/pa00104561/longre-logis-de-cherconnay

Musée du Patrimoine de France : Détail chronologique des seigneurs de Longré et l’évolution architecturale de la commune : https://museedupatrimoine.fr/logis-de-cherconnay-a-longre-charente/9304.html

Archives départementales de la Charente : consulter les registres paroissiaux de Longré et les actes d’aveux de la seigneurie de Londigny.